*________ 24 Mai ________________________________________
On a tous passé l'épreuve d'arts plastiques, c'est-à-dire un oral devant un prof, où on alignait nos planches et nos oeuvres et on devait les expliquer. Un tête-à-tête assez angoissant, pour ma part. J'ai d'abord passé une heure et demi à prier pour tomber sur un examinateur sympa et à me répéter "Dis pas mon nom, dis pas mon nom, dis pas mon nom..." à chaque fois qu'une vieille à lunettes, apparemment méchante, surgissait dans le couloir. Finalement, j'ai eu une prof ni sympa ni méchante. Elle souriait, examinait mes planches d'un air intéressé et riait doucement quand je disais quelque chose de vaguement drôle. Mais je sentais quand même une angoisse qui me retournait l'estomac: peut-être que ce sourire cachait le moment où elle allait me casser vite fait, bien fait. Et comme elle n'avait pas vraiment de questions, il y avait deux options: ou j'avais très bien expliqué et il n'y avait rien à rajouté, ou elle n'avait absolument rien compris à mes oeuvres et au rapport qu'il y avait entre elles. Et bizarremment, je pencherais plutôt pour la seconde.
Avec ça, je commence à être vraiment fatiguée. Au début, l'épuisement physique me tiraillait, en partie à cause du travail, en partie à cause des médicaments. Mais l'épuisement intellectuel et moral apparaît aussi: je ne peux pas combiner mes révisions du bac, mon début de stress, mes heures de conduites, mes amis, mes amours, la famille, le tir à l'arc, mon traitement, mon alimentation et ce que je dois faire à la maison. Mais ça s'arrêtera bien.
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